Lire et écouter Sarah Kane

Ils s'étreignent lentement. Ils font l'amour, lentement d'abord, puis fort, vite, dans l'urgence, et chacun découvre que le rythme de l'autre est le même que le sien. Ils jouissent en même temps, et restent allongés, enlacés, lui toujours en elle. Un tournesol jaillit à côté de leurs têtes et entame sa croissance. Quand sa croissance est terminée, Graham l'incline et le hume. Il sourit. 

 

Sarah Kane in Purifiés (éditions l'Arche)

Nicolas Hulot : un sursaut de dignité

C'était assez étrange et à la fois assez jouissif d'entendre et de voir ce matin  (puisque la radio se regarde aussi désormais) un Nicolas Hulot à bout de nerfs, les mâchoires serrées, se libérer enfin d'un fardeau trop lourd pour lui. Au-delà de l'effet procuré par cette démission  surprise, Hulot a montré une fois de plus les limites du macronisme. Formaté pour gagner, sorti de nulle part, Macron est l'homme d'un système fatigué, qui tourne en rond depuis des années et, tel un de ces nouveaux  robots  conçus pour remplacer à long terme l'être humain basique, l'ex-banquier a été perçu  (et vendu ) comme  le  must  de la politique, une technologie imparable qui devait tout broyer sur son passage, effacer l'ancien monde pour accéder à un  futur sans  conteste meilleur que ce présent morose alors  en pleines crises ( économique, migratoire, sécuritaire, etc). Certes, Macron et ses ministres proprets, frais émoulus d'écoles théoriques, droits comme des i et dociles comme des esclaves de bondage, ont tout broyé. Enfin... ils ont voulu tout broyé mais se sont vite retrouvés face  à la réalité ayant pris la forme des grèves SNCF, de l'insolite cas Benalla ou des affaires Nyssen ou  Ferrand, auxquelles s'ajoute désormais  le départ  de Hulot, sans compter les grognes sociales en gestation.  Le bonhomme a tenu. Il a tenu autant qu'il a pu, s'affichant encore récemment avec Edouard Philippe lors d'un duo pathétique.

Mais le recul sur la plupart des problèmes chers au ministre de l'écologie ont usé ce dernier. Macron, dont la fonction présidentielle s'apparente  à un simple joujou très amusant, a fini par achever lui-même le naïf Hulot en tapant sur l'épaule de Coste et des chasseurs,  cirant ainsi  les pompes d'un lobby de plus, par pure stratégie électorale.

Hulot ne pouvait que partir. C'était juste une question de temps. Alors bien sûr, certains diront qu'il n'était qu'une caution à ce gouvernement habité par la culture d'entreprise et aux mains du patronat, mais si écologiquement Hulot fut inefficace, il a quand même pris conscience qu'il était en train de perdre toute dignité. L'humain a repris le dessus sur le politique et d'une manière courageuse, à l'arraché. Saluons son  geste, qui, s'il ne fera pas bouger d'un iota le roitelet, aura le mérite de montrer du doigt l'incapacité de ce gouvernement à proposer une nouvelle donne, brassant les vieilles recettes communes à la droite la plus imbécile du monde et à la gauche trop politicienne pour être efficace. Bref, la société française ne risque guère d'évoluer dans les années à venir, se paupérisant davantage, se fermant toujours plus  et ouvrant ainsi grand ses bras aux populistes, simples charognes surfant sur le malheur des peuples. 

Au moins, Hulot pourra t-il  dire plus tard : "Je n'en étais pas...". 

 

 

 

 

Musique écoutée : Set the woods on fire / Earth Girl Helen Brown ( Four Satellites Vol.1- 2018)